LA NOUVELLE FORCE DU G5 SAHEL : UNE FORCE PARAPLÉGIQUE ?

Le paysage sécuritaire africain, depuis quelques années déjà, connaît une multitude de menaces recrudescentes qui préoccupent l’ensemble de la communauté internationale. Ces menaces que sont essentiellement le terrorisme jihadiste et la criminalité organisée transnationale se sont davantage concentrées dans sa zone sahélo-saharienne, même si elles sont ressenties dans d’autres parties du continent. Face à la lenteur dans la prise de mesures concrètes et efficaces tant par l’Union Africaine que par les autres instances sous-régionales impliquées dans les questions de paix et de sécurité, les pays fortement touchés recourent à des alliances militaires afin de mieux organiser leur lutte.
On retrouve dans cette optique la Commission du Bassin du Lac Tchad (CBLT) regroupant le Cameroun, le Niger, le Nigéria et le Tchad ou le Groupe de 5 pays du Sahel (G5 Sahel) constitué par le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad. C’est précisément ce dernier, c’est-à-dire le G5 Sahel qui retient notre attention ici.

Quelle est la raison d’être du G5 Sahel ?

Le G5 Sahel a été créé le 19 décembre 2014 à Nouakchott (Mauritanie), dans un contexte d’aiguisement des actes terroristes dans des pays comme le Mali et le Niger, et de prise d’ampleur des trafics illicites de tous genres en leur sein ou dans leurs zones frontalières communes. Les 5 pays de la zone Sahel ont ainsi décidé de mettre en place une coopération en matière de sécurité et de développement économique. Il s’agit pour eux de mener notamment des opérations militaires conjointes afin d’atteindre un équilibre surtout sécuritaire, condition préalable à leur développement économique. Cela a d’ailleurs motivé la décision prise le 6 février 2017 par ces pays, de mettre sur pied une force militaire conjointe (le FC-G5S) de 5 000 hommes.

La Force Conjointe du G5 Sahel, un projet ambitieux dépourvu de moyens financiers

Constitutive a priori d’une solution prometteuse contre l’avancée destructrice des factions terroristes et l’essor des trafics illicites transnationaux, cette Force a eu non seulement le soutien des organisations africaines mais également celui de la communauté internationale. Le Conseil de Sécurité des Nations Unies lui a d’ailleurs donné son onction en adoptant, le 21 juin 2017, la résolution 2359 (2017) approuvant le déploiement de la Force conjointe de ce groupe de 5 pays ; cette Force peut notamment « contribuer à créer un environnement plus sûr dans la région du Sahel » tout en facilitant « la réalisation du mandat de la MINUSMA visant à stabiliser le Mali ». Le Mali, il faut le rappeler, traverse une situation sécuritaire instable liée à la multiplicité croissante d’attaques terroristes, sans oublier le fait que la mise en œuvre de l’Accord signé le 15 mai 2015 pour le retour de la paix dans le pays reste en souffrance.

Eu égard à ces quelques considérations, « le déploiement d’une telle force multinationale sur l’ensemble du territoire des pays qui y participent » se présente comme une initiative à saluer. Cependant, l’euphorie qu’elle a suscitée cède rapidement la place à une inquiétude : comment rendre opérationnelle une Force dont les initiateurs sont potentiellement dans l’incapacité d’en assurer le financement ? Or pour prétendre être une force « efficace », « viable » et « durable », il pèse sur les Etats membres du G5 Sahel la responsabilité première de doter « leur force » des ressources indispensables à sa meilleure opérationnalisation. Il serait inutile de poser la question relative à la capacité des pays du G5 à financer leur propre sécurité, dans la mesure où la réponse est évidemment négative. Cette incapacité à s’autofinancer est révélatrice des risques d’inefficacité et de paralysie qui guettent irréfutablement cette Force. C’est en ce sens notamment que ressurgit la question de l’appropriation africaine des Opérations de Maintien de Paix au niveau du continent.

La dépendance financière vis-à-vis de l’extérieur a toujours constitué un frein à l’efficacité opérationnelle des actions menées par les entités africaines dans le cadre du maintien de la paix et de la sécurité internationales. Des promesses de financements ont certes été faites par des institutions comme l’Union Européenne et l’Organisation des Nations Unies. De plus, une Conférence visant à recueillir des fonds se tiendra au début du mois de juillet 2017 à Bamako mais la grande inconnue reste de savoir si cette Force dépendra indéfiniment de l’aide extérieur ou des efforts « propres » du Tchad, déjà bien essoufflé par ses sollicitudes sécuritaires qualitatives au sein du G5 Sahel. Cette Force peut-elle espérer atteindre ses objectifs si elle n’assure d’abord pas, intra muro, son autonomie financière ?

Le G5 Sahel est-il en mesure d’être l’exception à ces différentes forces de maintien de paix ayant brillé par leurs limites opérationnelles et leur incapacité à contrer en profondeur lutter efficacement contre les sources d’insécurité ? Pourra t-il véritablement répondre à l’aspiration des populations des 5 Etats membres au mieux être et au mieux vivre, dans un climat sécuritaire libéré des groupes terroristes et divers autres groupes criminels ? Un mécanisme du genre du Prélèvement Communautaire de Solidarité (PCS), inclusif et vivifiant dans l’espace de l’UEMOA, pourrait permettre de répondre à toutes les questions lancinantes que l’on continuera encore de se poser au sujet de la viabilité fonctionnelle de cette FC-G5S.

Par Mireille A. AKPABIE,
Assistante de recherche,
Chargée de Programme
Réforme du Secteur de la Sécurité(RSS)
28 juin 2017